Le nouveau coach du STB est arrivé mercredi dernier au Havre et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il ne perd pas de temps. À la sortie d’un entraînement intense de deux heures, le technicien de 54 ans s’est confié sur sa carrière et ses ambitions avec le club.

Avant de prendre la place sur le banc dans le rôle d’entraîneur, vous avez eu une belle carrière en tant que joueur. Avec des passages à Saint-Quentin, Gravelines, Evreux… Parlez-nous un peu de cette époque ?

« C’est une époque qui date maintenant (Rires). C’était de très belles années, j’ai adoré le partage avec les coachs et mes anciens coéquipiers, c’est ce qui m’a donné envie de devenir entraîneur. »

Vous avez notamment évolué à Reims avec un certain Jean-Manuel Sousa (coach des espoirs du club) …

« On formait un bon duo à la mène, c’était une très belle saison (1986/87). Il est ici depuis longtemps et il est très bon dans ce qu’il fait aujourd’hui. On s’était un peu perdu de vue puisque nos carrières n’étaient pas similaires, ce sera un vrai plaisir de le revoir. J’arrive dans un club dans lequel il maîtrise tout, il est gestionnaire des futurs talents du STB et pour moi, c’est très important. On va travailler en commun et ça se passera très bien. »

Vous êtes donc le style d’entraîneurs qui laisse leurs chances aux jeunes ?

« Il faut ! J’aime avoir une vraie relation avec mes joueurs et une discipline par rapport à ce que l’on fait. Il y a une hiérarchie dans un groupe, mais avant tout, pour que le joueur puisse donner un investissement, il doit se sentir impliqué. Aujourd’hui il y a des jeunes de qualité et ça oblige les anciens à mettre un coup de boost. Il faut se rendre compte que la roue tourne. »

Vous avez lancé votre carrière d’entraîneur à Tourcoing en 1998 avant d’arriver à Gravelines-Dunkerque en 2000 dans le rôle d’assistant de notre ancien coach Jean-Luc Monschau. C’est dans le Nord que vous remportez vos deux titres en carrière (trophée du futur, coupe de France), comment se sont passés vos débuts en tant que coach et votre expérience au BCM ?

« C’était une chance pour moi de pouvoir côtoyer Jean-Luc Monschau ! J’ai eu la volonté de vite passer mes diplômes après ma carrière. J’avais déjà une vision bien précise sur le jeu et l’entraînement, mais côtoyer quelqu’un comme Jean-Luc, en qualité d’assistant, ça m’a énormément aidé et nous sommes toujours en contact. Quand j’ai pris la suite, c’est lui qui a fait passer mon nom. Il m’a dit qu’il fallait que je le fasse, il m’a donné sa confiance. J’ai repris l’équipe en novembre et on a fait la finale du championnat de France, c’était aussi sa réussite. C’était un très bon apprentissage. »

Vous arrivez de Caen ou vous êtes resté deux ans et vous avez frôlé plusieurs fois l’accession en pro B. Pour vous, quelles sont les ficelles du championnat de Nationale 1 ?

« Il faut se sortir d’un sacré piège. Pour comprendre les formules du championnat, il faut y prêter attention pendant 2/3 jours (rires). Il y a aucun match facile. Oui, il y a une hiérarchie qui se met en place, il faut être vigilant sur chaque rencontre. Il y a un double regard à avoir sur le championnat avec résultats qui peuvent compter ou ne pas compter. 28 équipes, pour deux monter, il faut être opérationnel dès le départ. Ce qui est ahurissant, c’est le décalage entre la poule de dix où une équipe monte et ensuite, les playoffs à seize équipes. En plus sur cette période, il n’y a pas de recrutement possible, avec un ou deux blessés, c’est terminé. C’est un vrai piège, il ne faut pas subir la pression et se concentrer sur l’événement. »

Que pensez-vous pouvoir apporter au STB pour que le club réalise ses objectifs ?

« J’espère qu’on aura la réussite ensemble. La réussite n’existe pas que dans les mains de Fabrice Courcier, mais dans les mains de toute l’équipe, nous devons atteindre une certaine sérénité. Aujourd’hui il y a eu un changement décidé par la direction du club, on sait que la responsabilité unique n’existe pas. J’ai beaucoup échangé avec Hervé Coudray et les frères Monschau qui m’ont expliqué ce qu’est le STB. Il y a tous les ingrédients pour réussir, mais il faut gagner des matchs. Nous devons travailler. »

Comment décririez-vous votre style de coaching ?

« J’ai la volonté que chacun puisse s’exprimer, je pense qu’il n’y a rien de plus frustrant pour un joueur que de ne pas se sentir impliqué. Chacun doit comprendre son rôle, il faut de la discipline et de la rigueur. Il faut beaucoup de méthodologie. Depuis mon arrivée, j’ai fait des entretiens avec chaque joueur pour discuter et leur expliquer le rôle qu’ils auront. Ils ont toute ma confiance pour que l’on puisse réussir et grandir en championnat. »

Vous étiez meneur de jeu, est-ce que votre carrière en tant que joueur vous aide aujourd’hui dans votre manière de coacher ?

« Bien sûr même si les bons entraîneurs ne sont pas tous des anciens joueurs. Pour moi, j’ai l’impression que ça aide car je peux anticiper sur certaines situations et j’aime travailler en anticipation. Ça me permet de ressentir les choses sur le côté immédiat et d’anticiper sur un plan stratégique ou sur un plan d’utilisation d’un joueur spécifique. Sur ces passages-là, ça peut être quelque chose de positif. »

Qu’est-ce qui vous a convaincu dans le défi proposé par Saint-Tho ?

« Le message de la direction et l’image que le club représente en N1. L’effectif est très intéressant, je pense qu’il y a de la qualité et de l’ambition. Le club est bien structuré et beaucoup de choses font que c’est l’un des clubs qui peut prétendre à la montée. Les structures qui se mettent en place autour du club, sous l’impact du président Rudy Sévi et du directoire, c’est superbe.

Vous avez parlé de l’effectif, que pouvez-vous nous dire sur votre effectif actuellement ?

« C’est une équipe différente de celle de l’an dernier avec un mixte entre expérience et jeunesse. Certains joueurs sont plus offensifs que défensifs donc il faudra trouver un équilibre dans notre basket. Il y a de la qualité avec des joueurs bien au-dessus comme Valentin. En regardant le match de Boulogne, on se demande comment le SOMB peut espérer gagner le match et finalement, on se demande comment le STB accroche la prolongation. Ce qui est intéressant, c’est que l’équipe n’a pas lâché, mais nous ne devons pas nous mettre en danger. »

Vous connaissez Valentin Bigote que vous avez coaché à Denain, en pro B, en 2013/14. Qu’est-ce qui change entre le Valentin de l’époque et celui d’aujourd’hui ?

« C’est un niveau de jeu encore plus important. Il a une solidité mentale et une expertise très pointue. Il était déjà très porté vers l’attaque, mais il l’a été tout au long de sa carrière. Je l’ai eu un an après sa sortie du centre de formation du BCM, mais je l’ai connu quand il évoluait en jeune à Grande-Synthe, il jouait déjà de la même façon en minimes et en cadet. C’est un axe prioritaire pour nos adversaires, il mobilise beaucoup de défense donc nous devons être vigilant pour jouer au mieux avec lui et de pouvoir utiliser les autres joueurs puisque les adversaires sont très portés sur son jeu. »

Vous avez connu l’ambiance des Docks à quelques reprises durant votre carrière, que pensez-vous de l’ambiance havraise ?

« Déjà pour moi le STB, c’est un club historique. C’est une ville sportive, la salle des Docks aujourd’hui, peut devenir une enceinte imprenable. Il y a du monde, une culture basket, des spectateurs et des supporters connaisseurs, je pense que la salle est prête à amener son intensité pour faire plier les adversaires et nous aider à nous sublimer. »

Vous arrivez juste avant le déplacement à Andrézieux qui réalise un bon début de saison avec 7 victoires et 2 défaites, comment abordez-vous votre première sur le banc havrais ?

« Ça ne va pas être simple. C’est une belle équipe avec de l’expérience, ils font partie des potentiels montants. On va se préparer et essayer d’avoir les bonnes attitudes dans les engagements et dans la solidarité, nous devons être confiants. Ça fait peut-être un peu court pour voir votre patte sur cette rencontre ? Oui, c’est compliqué. Une semaine supplémentaire, ça aurait été bien mieux. Au-delà de ce qu’on va présenter sur le contenu, j’appuie depuis mon arrivée sur l’attitude. Nous devons changer et montrer que nous avons un vrai socle, nous devons montrer à l’adversaire qu’il ne peut pas être plus fort que nous. »

Un petit mot pour les fans du STB ?

« Je suis très heureux de rejoindre le STB Le Havre, le club dégage une valeur à laquelle je tiens avec la formation. Résumer un club à sa structure professionnelle, c’est très réducteur et aujourd’hui, je suis dans un lieu de vie qui est rare ! Dans cette salle (du bcmo) nous partageons beaucoup de choses avec les jeunes et je crois que c’est ça que je recherche, cette proximité avec les gens. J’ai toujours en tête que nous sommes un maillon d’une chaîne, mais sans les dirigeants, les bénévoles, les supporters, les partenaires, les jeunes du club, on ne serait pas là, merci à eux »

Marty Tchoukanov